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Jul 29
babylonbabys:

Très honorés Messieurs, Je suis un pauvre jeune homme sans travail et plein de zèle commercial, je m’appelle Wenzel, je cherche une place idoine et me permets par la présente de vous demander poliment et gentiment si, par hasard, vous n’en auriez pas une de ce genre, disponible dans vos vastes bureaux aérés, clairs et plaisants. Je sais que votre chère entreprise est grande, fière, ancienne et riche, et je peux donc m’abandonner à l’agréable hypothèse qu’une gentille petite place sympathique et facile serait libre chez vous et que je pourrais m’y glisser comme dans une sorte de cachette bien chaude. Je suis merveilleusement propre, sachez-le, à occuper ce genre de modeste sinécure, car toute ma nature est tendre, et mon être est celui d’un enfant tranquille, bien élevé et rêveur que l’on rend heureux en pensant qu’il ne réclame pas grand-chose et en lui permettant de prendre possession d’un très, très menu coin d’existence où il puisse se montrer utile à sa façon et en tirer satisfaction. Une tranquille, agréable, obscure petite place de rien du tout a été depuis toujours le doux objet de tous mes rêves, et si pour lors les illusions que j’entretiens sur vous pouvaient aller jusqu’à l’espoir que mon vieux rêve toujours présent se transformât en une charmante, vivante réalité, vous auriez avec moi le plus zélé et plus fidèle des employés, pour qui ce serait une affaire de conscience que de remplir avec exactitude et ponctualité ses minimes obligations. Les tâches importantes et ardues, je suis incapable de m’en acquitter, et les devoirs de nature ambitieuse sont trop difficiles pour ma pauvre tête. Je ne suis pas paticulièrement malin, et ce qui est la chose essentielle, je n’aime guère surmener mon intelligence, je suis plutôt un rêveur qu’un penseur, plutôt une nullité qu’un cerveau, plutôt bête que perspicace. A coup sûr, il existe dans les immenses ramifications de votre Institut, que j’imagine regorgeant d’emplois titulaires et temporaires, un genre de travail que l’on peut effectuer comme en rêve.  Je suis, à franchement parler, un Chinois, je veux dire un homme qui trouve beau et aimable tout ce qui est petit et modeste, et pour qui tout ce qui est imposant et exigeant semble terrible et effroyable. Je ne connais d’autre besoin que celui de me sentir à l’aise afin de pouvoir remercier Dieu chaque jour d’une chère existence pleine de bénédictions. La passion de faire mon chemin dans le monde m’est parfaitement inconnue. L’Afrique avec ses déserts ne m’est pas plus étrangère. Bon, maintenant vous savez quel genre d’homme je suis. Je rédige, comme vous le voyez, d’une plume élégante et alerte, et vous n’êtes pas obligés de m’imaginer comme complètement dépourvu d’intelligence. Mon cerveau est clair ; pourtant il se refuse à concevoir trop de choses et trop à la fois, il en a une véritable horreur. Je suis de bonne foi et je suis bien conscient que dans le monde où nous vivons, tout cela a vraiment peu de poids, et sur ce, très honorés Messieurs, j’attends de voir ce qu’il vous plaira de répondre à ces lignes qui se noient dans les respectueuses salutations et les sentiments tout à fait empressés de votre Wenzel in: Robert Walser, Rêveries et autres, petites proses Image: le corps de Robert Walser dans la neige, 1956

babylonbabys:

Très honorés Messieurs,

Je suis un pauvre jeune homme sans travail et plein de zèle commercial, je m’appelle Wenzel, je cherche une place idoine et me permets par la présente de vous demander poliment et gentiment si, par hasard, vous n’en auriez pas une de ce genre, disponible dans vos vastes bureaux aérés, clairs et plaisants. Je sais que votre chère entreprise est grande, fière, ancienne et riche, et je peux donc m’abandonner à l’agréable hypothèse qu’une gentille petite place sympathique et facile serait libre chez vous et que je pourrais m’y glisser comme dans une sorte de cachette bien chaude. Je suis merveilleusement propre, sachez-le, à occuper ce genre de modeste sinécure, car toute ma nature est tendre, et mon être est celui d’un enfant tranquille, bien élevé et rêveur que l’on rend heureux en pensant qu’il ne réclame pas grand-chose et en lui permettant de prendre possession d’un très, très menu coin d’existence où il puisse se montrer utile à sa façon et en tirer satisfaction. Une tranquille, agréable, obscure petite place de rien du tout a été depuis toujours le doux objet de tous mes rêves, et si pour lors les illusions que j’entretiens sur vous pouvaient aller jusqu’à l’espoir que mon vieux rêve toujours présent se transformât en une charmante, vivante réalité, vous auriez avec moi le plus zélé et plus fidèle des employés, pour qui ce serait une affaire de conscience que de remplir avec exactitude et ponctualité ses minimes obligations. Les tâches importantes et ardues, je suis incapable de m’en acquitter, et les devoirs de nature ambitieuse sont trop difficiles pour ma pauvre tête. Je ne suis pas paticulièrement malin, et ce qui est la chose essentielle, je n’aime guère surmener mon intelligence, je suis plutôt un rêveur qu’un penseur, plutôt une nullité qu’un cerveau, plutôt bête que perspicace. A coup sûr, il existe dans les immenses ramifications de votre Institut, que j’imagine regorgeant d’emplois titulaires et temporaires, un genre de travail que l’on peut effectuer comme en rêve.

Je suis, à franchement parler, un Chinois, je veux dire un homme qui trouve beau et aimable tout ce qui est petit et modeste, et pour qui tout ce qui est imposant et exigeant semble terrible et effroyable. Je ne connais d’autre besoin que celui de me sentir à l’aise afin de pouvoir remercier Dieu chaque jour d’une chère existence pleine de bénédictions. La passion de faire mon chemin dans le monde m’est parfaitement inconnue. L’Afrique avec ses déserts ne m’est pas plus étrangère. Bon, maintenant vous savez quel genre d’homme je suis.

Je rédige, comme vous le voyez, d’une plume élégante et alerte, et vous n’êtes pas obligés de m’imaginer comme complètement dépourvu d’intelligence. Mon cerveau est clair ; pourtant il se refuse à concevoir trop de choses et trop à la fois, il en a une véritable horreur. Je suis de bonne foi et je suis bien conscient que dans le monde où nous vivons, tout cela a vraiment peu de poids, et sur ce, très honorés Messieurs, j’attends de voir ce qu’il vous plaira de répondre à ces lignes qui se noient dans les respectueuses salutations et les sentiments tout à fait empressés de votre
Wenzel

in: Robert Walser, Rêveries et autres, petites proses
Image: le corps de Robert Walser dans la neige, 1956


Jun 10
「浜辺にて」:菅野まり子On a Beach  : Mariko Sugano
http://librairie6.exblog.jp/20707367/
——
 別の虎  J・L・ボルヘス
わたしは一頭の虎を想う  薄闇は
孜々たる図書館をますます広大なものにし
書棚を遠ざけるかのようだ
剽悍だが無心 血を好むが新参
彼はその密林を その朝を徘徊して
名も知らぬ河の 泥深い
騎士に跡を残すことだろう
(彼の世界には 名前も過去も
未来もなく あるのは確実な瞬間だけだ)
野蛮な遠い土地まで飛走し
あまたの臭いのからむ
迷路のなかで 暁闇の香りと
心地よい牡鹿の臭いを嗅ぎわけるだろう
わたしは竹林の縞目に
その縞模様を判読して 身震いする
みごとな毛皮に隠された骨組を想像する
地球の盛り上がった海と
砂漠が割り込むが それは無意味だ
遠い南アメリカの港町の
この家から わたしは彼を追い 夢みる
おおガンジス河畔の虎よ
わたしの魂の夕べは広がり わたしは想う
わたしの詩が呼ぶ虎は
もろもろの象徴と影の虎
一連の文学的な比喩や
百科辞典からの記憶ではあっても
宿命の虎ではない 太陽の下で
形かわる月の下で スマトラや
ベンガルで 愛と安逸と死の日常を
全うする禍々しい至宝ではないのだと
わたしが象徴の虎に対置するのは
真実の虎 熱い血のたぎる虎
水牛の群れを屠り
この日 五十九年八月の三日
悠然と長い影を草原に横たえる
虎  しかし彼を名指し
その生き方を推しはかる行為そのものが
地上に住む生きものの一匹ではない
芸術の虚構に彼を仕立て上げることだ

第三の頭を探すのはどうだろう  これも
他の虎たちと同様に わたしの夢の
形象 人間の言葉の
体系であって 神話を超えたところで
土を踏んでいる 脊椎動物としての
虎ではないだろう  よく心得ていながら
漠然とした 愚かしい 昔ながらの
この冒険を自分に課して
夕べのひととき わたしは探し求める
別の虎を 詩のなかにはいない虎を

世界幻想文学体系15巻「創造者」鼓直訳・国書刊行会刊より

「浜辺にて」:菅野まり子
On a Beach  : Mariko Sugano

http://librairie6.exblog.jp/20707367/

——

 別の虎  J・L・ボルヘス

わたしは一頭の虎を想う  薄闇は

孜々たる図書館をますます広大なものにし

書棚を遠ざけるかのようだ

剽悍だが無心 血を好むが新参

彼はその密林を その朝を徘徊して

名も知らぬ河の 泥深い

騎士に跡を残すことだろう

(彼の世界には 名前も過去も

未来もなく あるのは確実な瞬間だけだ)

野蛮な遠い土地まで飛走し

あまたの臭いのからむ

迷路のなかで 暁闇の香りと

心地よい牡鹿の臭いを嗅ぎわけるだろう

わたしは竹林の縞目に

その縞模様を判読して 身震いする

みごとな毛皮に隠された骨組を想像する

地球の盛り上がった海と

砂漠が割り込むが それは無意味だ

遠い南アメリカの港町の

この家から わたしは彼を追い 夢みる

おおガンジス河畔の虎よ

わたしの魂の夕べは広がり わたしは想う

わたしの詩が呼ぶ虎は

もろもろの象徴と影の虎

一連の文学的な比喩や

百科辞典からの記憶ではあっても

宿命の虎ではない 太陽の下で

形かわる月の下で スマトラや

ベンガルで 愛と安逸と死の日常を

全うする禍々しい至宝ではないのだと

わたしが象徴の虎に対置するのは

真実の虎 熱い血のたぎる虎

水牛の群れを屠り

この日 五十九年八月の三日

悠然と長い影を草原に横たえる

虎  しかし彼を名指し

その生き方を推しはかる行為そのものが

地上に住む生きものの一匹ではない

芸術の虚構に彼を仕立て上げることだ

第三の頭を探すのはどうだろう  これも

他の虎たちと同様に わたしの夢の

形象 人間の言葉の

体系であって 神話を超えたところで

土を踏んでいる 脊椎動物としての

虎ではないだろう  よく心得ていながら

漠然とした 愚かしい 昔ながらの

この冒険を自分に課して

夕べのひととき わたしは探し求める

別の虎を 詩のなかにはいない虎を



世界幻想文学体系15巻「創造者」鼓直訳・国書刊行会刊より


Jun 4
Death on a Pale Horse  1825–30Joseph Mallord William Turner

Death on a Pale Horse  1825–30
Joseph Mallord William Turner


May 18

Stellet Licht (Silent light) Carlos Reygadas 2007


May 16
The Artist’s Daughters Mary and Margaret Gainsborough   :Thomas Gainsborough 1758

The Artist’s Daughters Mary and Margaret Gainsborough   :Thomas Gainsborough 1758


May 14
Wols (Alfred Otto Wolfgang Schulze)

Wols (Alfred Otto Wolfgang Schulze)


Apr 3

Mar 22
"Mary of Egypt"  1480   Hans Memling"Triptych with the Lamentation over Christ" back of the right-hand panel.

"Mary of Egypt"  1480   Hans Memling

"Triptych with the Lamentation over Christ" back of the right-hand panel.


ragata:

Hans Memling: Last Judgement triptych, 1467-71

ragata:

Hans Memling: Last Judgement triptych, 1467-71


flowersshallgrowthatiseternity:

Pieter Bruegel the Elder, The Gloomy Day (1565)

flowersshallgrowthatiseternity:

Pieter Bruegel the Elder, The Gloomy Day (1565)

(via bandeapart72)


Mar 15
Carnival Evening    (1886)    Henri Rousseau

Carnival Evening    (1886)    Henri Rousseau


Mar 6

Mar 4
abystle:

The Temptation of Saint Anthony, Jacques Callot, 1634.

abystle:

The Temptation of Saint Anthony, Jacques Callot, 1634.


Feb 9
drakontomalloi:

Attributed to Joseph Mallord William Turner - Dark Prison (Carcere Oscura), after After Giovanni Battista Piranesi. 1790-99

drakontomalloi:

Attributed to Joseph Mallord William Turner - Dark Prison (Carcere Oscura), after After Giovanni Battista Piranesi. 1790-99


Feb 5

Portrait Kopf, Kopfdrehung 2
Claus Holtz & Karl-Hartmut Lerch


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